Les autorités devraient rendre compte publiquement des personnes disparues et enquêter sur les activités du Conseil national de cyberdéfense.

Depuis mars 2025, plusieurs cas de disparitions forcées ont été signalés à Kinshasa et dans ses environs. Selon l’organisation de défense des droits humains Human Rights Watch, ces disparitions seraient liées aux opérations menées par les forces de sécurité de la République démocratique du Congo.

L’organisation affirme avoir documenté au moins 17 cas de personnes portées disparues ou victimes de disparition forcée au cours de l’année écoulée, tout en indiquant avoir reçu des informations crédibles concernant d’autres cas similaires. Dans plusieurs situations, les personnes disparues ont été retrouvées plusieurs semaines ou mois plus tard dans des lieux de détention contrôlés par le Conseil national de cyberdéfense.

Des arrestations arbitraires dénoncées

Selon Human Rights Watch, le CNC, une structure créée en 2023 pour lutter contre la cybercriminalité, serait désormais impliqué dans des arrestations et des détentions de civils sans base légale claire. Des membres de la Police nationale congolaise, de la Garde républicaine et des agents en civil auraient participé à plusieurs opérations d’interpellation.

Ces arrestations auraient souvent lieu sans mandat judiciaire, parfois au milieu de la nuit, et les personnes arrêtées seraient transportées vers des centres de détention les yeux bandés, sans accès immédiat à un avocat ou à leurs familles.

Plusieurs anciens détenus interrogés par l’organisation affirment avoir été conduits dans des installations situées au Stade des Martyrs ou dans les bureaux du CNC installés à l’Office national des transports, avant d’être transférés vers d’autres lieux de détention.

Des accusations à caractère politique

Les interrogatoires menés par les agents du CNC porteraient principalement sur des soupçons de complot contre l’État, de soutien à l’opposition ou de liens supposés avec des groupes armés opérant dans l’est du pays.

Certains détenus affirment avoir été accusés de soutenir l’ancien président Joseph Kabila ou d’entretenir des liens avec le mouvement rebelle Mouvement du 23 mars.

Un ancien détenu a déclaré que lorsqu’il avait demandé à consulter un avocat, un agent lui aurait répondu que « la loi ne s’applique pas ici ».

Des cas transférés devant la justice

D’après les informations recueillies par Human Rights Watch, cinq personnes arrêtées ont été transférées vers les juridictions militaires ou civiles, où elles sont poursuivies pour atteinte à la sûreté de l’État ou outrage au chef de l’État. Huit autres personnes auraient été libérées, tandis que plusieurs restent encore détenues.

Des témoignages indiquent également que d’autres individus pourraient toujours être retenus dans des lieux de détention secrets, sans contact avec leurs proches.

Arrestation de députés de l’opposition

L’organisation évoque également un incident survenu en septembre 2025, lorsque plusieurs députés de l’opposition ont été arrêtés dans un hôtel de Kinshasa avant d’être conduits dans les bureaux du CNC.

Les parlementaires auraient été accusés de soutenir le président de l’Assemblée nationale de l’époque, Vital Kamerhe, avant d’être finalement relâchés quelques heures plus tard.

Des interrogations sur le rôle du CNC

Les responsables du CNC affirment que leur mission consiste uniquement à coordonner les services de cyberdéfense et de renseignement numérique. Le coordinateur du CNC, Jean-Claude Bukasa, a notamment déclaré que l’institution ne disposait pas de pouvoir légal pour procéder à des arrestations ou à des détentions.

Cependant, les témoignages recueillis par Human Rights Watch ainsi que certaines observations effectuées lors d’une visite limitée d’un centre de détention du CNC laissent penser que l’organisme jouerait un rôle actif dans ces opérations.

Un contexte sécuritaire tendu

Ces arrestations interviennent dans un contexte de tensions liées au conflit armé dans l’est de la République démocratique du Congo, où les forces gouvernementales affrontent notamment le groupe armé Mouvement du 23 mars, accusé de recevoir un soutien militaire du Rwanda.

Les autorités congolaises ont également accusé l’ancien président Joseph Kabila d’avoir des liens avec certaines forces rebelles, accusations que ses partisans rejettent.

Appel à la transparence

Human Rights Watch appelle les autorités congolaises à clarifier la situation de toutes les personnes détenues par le CNC, à rendre publiques les informations concernant les personnes disparues et à garantir leur accès à leurs familles et à leurs avocats.

L’organisation demande également l’ouverture d’enquêtes indépendantes et impartiales sur les cas de disparition forcée signalés, afin d’identifier les responsables et d’empêcher que de telles pratiques ne se reproduisent.

Selon Human Rights Watch, le gouvernement congolais doit mettre fin aux arrestations arbitraires et garantir le respect du droit national et des conventions internationales relatives aux droits humains

#SauvonsLaRDC